Union nationale ?

Des personnalités politiques en France ne répugneraient pas à l’idée de faire un brin de chemin avec le camp d’en face. Plusieurs pays en Europe sont parvenus à réunir la droite et la gauche dans une ambiance parlementaire supposément pacifiée. Mais pour quel résultat?Un chef d’État ou de gouvernement devrait peut-être adopter les basiques principes d’un bon sélectionneur de football: prendre les meilleurs dans le vivier des équipes locales pour constituer la “dream team” nationale. Présentée sous les aspects du bon sens et de la logique, cette idée commence à faire florès en France: des personnalités politiques ne répugneraient pas à l’idée de faire un brin de chemin avec le camp d’en face. A droite, le député UDI et maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin, ou le parlementaire UMP Benoist Apparu. A gauche, l’avocat encarté au PS Jean-Pierre Mignard ou Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères, favorable à une “coalition momentanée pour réussir quelques réformes clés”. Dans leur plaidoirie, ces avocats de la coalition droite-gauche avancent d’abord l’échec du régime d’alternance à l’oeuvre depuis une quarantaine d’années et puis le caractère factice des querelles partisanes de campagne, qui masquent dans l’exercice du pouvoir une ressemblance saisissante des politiques économiques menées par les deux camps. Mais les “unionistes” font référence aux expériences étrangères. Et, effectivement, en Europe, plusieurs pays parviennent à réunir la droite et la gauche dans une ambiance parlementaire supposément pacifiée. Mais pour quel résultat politique et économique? Sur le plan électoral, la coalition nationale droite-gauche ne semble pas faire recette depuis la crise économique de 2007. Par exemple, en 2011, la Finlande additionne les forces des conservateurs et des sociaux-démocrates, mais les élections de 2015 sanctionnent l’attelage. A la même période, mais cette fois en Italie, Mario Monti, avec son gouvernement de techniciens, recevra le soutien de deux principaux partis de gouvernement mais essuiera une cuisante défaite deux ans plus tard avec seulement 10,5% des suffrages. Plus récemment, en mars 2016, les électeurs irlandais ont sanctionné l’alliance formée par le parti de centre droit Fine Gael et le Labour irlandais. Sur le papier, le régime de la coalition tient presque de la martingale: les deux forces proeuropéennes et modérées vont s’unir pour neutraliser leur périphérie. Alliée à la gauche, la droite libérale au pouvoir ne se soucie plus des frasques de la droite populiste. Alliés à la droite, les sociaux-démocrates ne cherchent plus à s’attirer les bonnes grâces de sa gauche eurosceptique et dépensière. Mais, dans la réalité, il en va autrement: la coalition confie aux “extrêmes” le monopole du changement et, en temps de crise, ils en recueillent les fruits. Le leader populiste Beppe Grillo émerge sous l’ère Mario Monti; le parti très à gauche Syriza monte en graine sous le gouvernement de coalition droite-gauche d’Antonis Samaras; quant aux “Vrais Finlandais” - classés très à droite -, ils deviennent véritablement incontournables après trois ans d’alliance des modérés. Et cette montée des extrêmes tend à se confirmer indépendamment des résultats économiques. Si Mario Monti a échoué à juguler le chômage en Italie, Antonis Samaras à désendetter la Grèce, en Irlande, l’alliance du Fine Gael et du Labour, également sanctionnée, pouvait pourtant s’enorgueillir d’une croissance retrouvée et d’un budget remis au carré. Et si, comme son nom l’indique, la “dream team” n’était qu’un rêve?


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