Le TGV est devenu un luxe

La vitesse a un coût, donc un prix. Et lorsque la vitesse augmente, les tarifs suivent. Il était donc prévisible que la mise en service en juillet prochain des TGV de la ligne «Océane» vers Bordeaux et de la ligne «Armorique» à Rennes, vingt-huit ans après le TGV Atlantique, se traduise par une augmentation des tarifs sur ces destinations. Pour un gain de temps de 35 minutes entre Paris et Rennes et de 70 minutes entre Paris et Bordeaux, la SNCF commercialise depuis le 15 mars des billets TGV moyennant une hausse de 6 euros dans le premier cas et de 10 euros dans le second pour un trajet simple en première classe payé plein tarif. Soit environ 15% de hausse sur la base d’un tarif à 67 euros pour Bordeaux. Un saut quantitatif important; tout dépend de la valeur que l’on donne au temps gagné. Toutefois, compte tenu des modulations tarifaires qui prennent en compte les horaires des trajets et les jours ainsi que les délais de réservation, il ne s’agit là que d’une moyenne sur les tarifs de base. Par exemple, la SNCF met en avant une offre pouvant descendre à 45 euros pour Bordeaux et 35 euros pour Rennes. Mais il s’agit de tarifs sur les trains… les moins demandés. Car, à l’inverse, elle propose déjà aujourd’hui des trajets Paris-Bordeaux à 85 euros en deuxième classe à certaines heures de pointe pour un billet acheté la veille, ce qui portera le coût du trajet à près de 100 euros plein pot avec les futurs TGV! Et sur le trajet Paris-Rennes où certains tarifs en deuxième classe sans réduction atteignent déjà 80 euros, on dépassera 85 euros. Enfin, pour un billet de première classe, compter jusqu’à 30 à 40% en plus. Certes, des billets sont aussi proposés à des tarifs moins élevés… mais sur des créneaux horaires par définition moins intéressants pour la majorité des passagers. C’est le principe même de la modulation tarifaire. La grande vitesse ferroviaire en France, comme dans les autres pays où elle existe, est devenue un produit de luxe. Mais tous les pays n’ont pas fondé leur modèle économique de grande vitesse sur le transport de masse. Dans la mesure où, pour ne pas creuser la dette qui approche déjà 53 milliards d’euros, le groupe SNCF a choisi de recourir au système de la concession pour construire et exploiter ces deux nouvelles lignes (avec Vinci vers Bordeaux et Eiffage vers Rennes), il doit rémunérer les concessionnaires le temps du contrat. Dans ces conditions, un redressement tarifaire complémentaire était inévitable compte tenu de l’arrivée d’un acteur supplémentaire dans le modèle économique de chacune de ces lignes. Toutefois, pour couper court aux critiques et continuer à présenter le TGV comme un moyen de transport populaire, la SNCF multiplient les offres parallèles à prix cassés. Pour les voyageurs qui sont prêts à programmer leur trajet plusieurs mois à l’avance, ou à prendre un train en dehors des heures de pointe, ou à se rendre en gare de Marne-la-Vallée plutôt que dans une gare du centre de Paris, la société ferroviaire multiplie ses offres à prix réduits. «Presque plus personne ne paie son billet TGV au plein tarif», ironise Guillaume Pépy, président de la SNCF, depuis longtemps. En plus des abonnements, programmes de fidélité ou autres réductions (cartes enfant+, jeunes, week-end, senior…), la SNCF met en avant ses TGV Ouigo à partir de 10 euros, et propose une offre élargie de ses billets Prem’s à 20 euros sur Rennes et Nantes ou 25 euros sur Bordeaux et Toulouse; des tarifs véritablement low cost,  trois à quatre fois moins cher que ceux d’un billet normal. Sans parler de la nouvelle offre TGV POP qui fonctionne sans imposer de délai de réservation, mais implique que l’on dégage un certain temps pour comprendre l’application et la gérer.

La grande zizanie

Jamais une élection présidentielle n’aura eu une telle importance que celle qui aura lieu en mai prochain. Et pourtant, pour la première fois de ma vie d’électeur, je ne sais pour qui je vais voter. Et le pire, c’est que je ne suis pas le seul dans ce cas de figure ! La semaine dernière, j’ai fait un incentive à Malte où j’en ai discuté avec d’autres personnes. Et j’ai pu voir que beaucoup étaient comme moi : ils reconnaissaient l’importance de cette élection, mais n’avaient pour autant aucune envie de voter. Et ce, pour une raison toute simple : aucun candidat ne leur semblait acceptable. Ce n’est pourtant pas le choix qui manque, pour ces élections. On nous propose au contraire des choix de société très différents. Entre la droite dure de Fillon, la gauche rose foncé de Hamon, le repli nationaliste de Le Pen, et la fausse révolution de Macron, on n’a que l’embarras du choix. Et pourtant aucun de ces candidats ne semble en lien avec la réalité. Fillon ? Comment accepter son austérité quand on sait qu’il ne se l’impose pas à lui-même ? Macron, le fils prodigue des banques, alors que la finance a fait tant de dégâts ? Hamon et son revenu universel ruineux ? Le Pen, qui veut revenir au franc ? Non, décidément, aucun de ces candidats ne paraît en phase avec la réalité ; tous sont dans la caricature et proposent des solutions irréalistes. Tous nous feront un tort considérable, s’ils sont élus. Alors quoi, qu’est-ce qu’il nous reste ? C’est bien là tout le fond du problème : personne. Quel que soit le candidat qui sera élu, nous en serons victime. Du coup, cela me donne envie de me pencher sur les candidatures citoyennes dont on entend pour le moment très peu parler. Personne ne mise un sou sur eux pour l’instant, moi le premier d’ailleurs. Mais je me dis qu’ils pourraient bien créer la surprise. D’une part, quand commenceront vraiment les débats, chaque candidat devra avoir le même temps à l’antenne : ces candidats-là auront alors une meilleure visibilité. D’autre part, si beaucoup d’électeurs sont comme moi (ce qui semble être le cas), ils pourraient s’intéresser aux candidats véritablement anti-système, parce que non issus de l’apparatchik politique. Bref, on verra. Soit dit en passant, j’ai bien apprécié cet incentive à Malte ; l’organisation était aux petits oignons. Voilà le site de l’agence qui l’a préparé, si vous souhaitez organiser un événement.

Dix mesures pour griller Trump

Aujourd’hui, nous avons le vent en poupe. Si nous prenons un tout petit peu de temps pour accomplir le plan d’action ci-dessous, je suis convaincu que nous réussirons à arrêter les forces du mal incarnées par Donald Trump. Mes amis, bienvenue dans le “plan d’action en dix étapes de Michael Moore pour arrêter Trump”. Tout d’abord, il faut dire tout haut ce que nous pensons tous: Trump est très, très mal parti. Manipulé par les Russes, entouré d’imbéciles d’extrême-droite et déambulant en peignoir, seul, dans une Maison-Blanche quasiment vide: il est “dans la merde”, comme l’a déclaré un sympathisant en refusant un poste à la NSA. Cela fait à peine un mois qu’il est devenu “président”. Pourtant il reste de l’espoir. Car voici le contexte actuel, en Amérique: Des dizaines de milliers de citoyens à travers tout le pays ont déferlé dans les bureaux des membres du Congrès et des réunions publiques pour exprimer leur colère face au programme du gouvernement. Un membre des Républicains, découragé après avoir subi trois heures d’attaques verbales de la part d’électeurs furieux, a affirmé hier soir devant les caméras: “C’est un fait, [les défenseurs de l’Obamacare] ont gagné”. Un tribunal fédéral a bloqué le premier décret antimusulman de Donald Trump. Ou, plutôt, QUATRE tribunaux. Il a accepté sa défaite et ne fera pas appel auprès de la Cour suprême. Ce qui ne l’empêchera pas de tenter de faire passer un nouveau décret. Je lui souhaite bien du courage, à ce fils d’immigré écossais! Le candidat démocrate progressiste Keith Ellison est le favori à l’élection du président du Parti démocrate, samedi 25 février. Il est aussi probablement le mieux placé pour REMETTRE DE L’ORDRE dans tout ce bordel. Un grand plan de recrutement a également commencé, dans tout le pays, pour trouver les candidats les plus compétents qui se présenteront aux élections locales et fédérales en 2018. Des millions de citoyens se sont engagés à ne pas laisser la débâcle de 2016 se reproduire. Notre superbe “Armée du rire” en met plein la vue, avec ses pelotons d’humoristes satiriques menés par Alec Baldwin et Melissa McCarthy! L’imitation décapante du porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, par Melissa McCarthy dans l’émission Saturday Night Live a mis Trump hors de lui, au point qu’il a songé à se débarrasser de l’intéressé. Selon Politico, il ne supporte pas l’idée qu’une femme puisse parodier l’un de ses principaux collaborateurs. Aujourd’hui, nous avons le vent en poupe. Si nous prenons un tout petit peu de temps pour accomplir le plan d’action ci-dessous, je suis convaincu que nous réussirons à arrêter les forces du mal incarnées par Donald Trump. Nous pouvons lui mettre des bâtons dans les roues à chaque étape et réussir à le faire tomber. Maintenant, parlons de notre… Vous avez entre les mains un pouvoir incroyable, rien qu’en passant ce coup de fil quotidien tout simple. Je sais d’expérience que ça a des conséquences énormes. Les politiciens se mettent à paniquer s’ils reçoivent ne serait-ce que dix appels sur un même sujet. Alors, imaginez s’ils en reçoivent 10.000! Le plafond du Congrès va finir par sauter! REMARQUE: vous pensez peut-être que vous n’êtes pas concerné parce que votre représentant est démocrate! Eh bien, c’est FAUX. Eux aussi doivent entendre vos plaintes. Ils doivent savoir qu’ils ont votre soutien. Vous ne me croyez pas? Notre chère sénatrice Elizabeth Warren a voté pour que le Républicain Ben Carson devienne secrétaire au Logement et à l’Urbanisme! Je suis sûr que personne, dans le Massachusetts, n’a même pensé à l’appeler. IL LE FAUT! Elle et les autres Démocrates doivent savoir ce que veut le patron: VOUS! Ils travaillent pour NOUS. Et les patrons discutent tous les jours avec leurs employés! Passer cet appel quotidien n’a rien de compliqué. Pour appeler un représentant au Congrès ou au Sénat dans l’État de Washington, appelez le 202-225-3121 (ou le 202-224-3121, si le numéro précédent est occupé). Mieux encore, appelez leur ligne directe. Pour les sénateurs, vous trouverez les numéros ici. Pour les membres de la Chambre des représentants, cliquez ici. Bonne nouvelle: quelqu’un a créé une application pour rendre ces opérations encore plus simples. Allez dans l’App Store et choisissez “5 Calls”. L’appli composera les numéros et vous indiquera les sujets à aborder avec vos élus. Voici à quoi peut ressembler une semaine type d’appels quotidiens. Le lundi, appelez votre représentant(e) au Congrès. Rappelez que vous ne souhaitez pas que le gouvernement supprime l’Obamacare. Vous voulez même qu’il l’améliore, pour bénéficier d’un service de santé pris en charge par l’État, comme dans tous les pays “civilisés”. Le mardi, appelez le premier de vos sénateurs et dites-lui de voter NON à la nomination de Rick Perry comme secrétaire à l’Énergie. Il ne savait même plus que ce ministère existait (et encore moins ce dont il était chargé!). Le mercredi, appelez le deuxième sénateur. Demandez-lui de faire tout son possible pour empêcher la nomination de Neil Gorsuch à la Cour suprême. Le jeudi, appelez votre représentant local, dans la capitale de votre État. Dites-lui que vous voulez que le gouvernement local vote en faveur d’une loi qui interdit l’incarcération des consommateurs de drogues non violents. Le vendredi, appelez le sénateur ou la sénatrice de votre État. Dites-lui que vous voulez qu’il ou elle soutienne toutes les mesures visant à limiter les activités qui participent au changement climatique. Si vous préférez procéder par écrit, entrez votre adresse sur democracy.io pour savoir comment contacter chacun des élus.

Fichu féminisme

On peut aimer une chose, ça ne veut pas forcément dire qu’on est bon dans le domaine. Tenez, la cuisine, par exemple. J’aime cuisiner. Vraiment. Ça ne veut pas dire pour autant que je sache cuisiner. Au contraire, je suis même assez médiocre dans le domaine. Alors, récemment, j’ai décidé de m’améliorer, en effectuant un cours de cuisine à Lille. Et je dois dire que j’y ai effectivement appris quelques astuces parfois surprenantes. Je regrette une seule chose, au final : c’est d’avoir été seul à ce cours. J’ai bien essayé d’entraîner ma chère et tendre dans l’aventure, mais je m’y suis cassé les dents. Il faut dire que la cuisine et ma femme, ça fait deux. Elle a toujours opposé un refus clair et net au fait de cuisiner. Sa réaction m’a toujours paru assez démesurée, d’ailleurs. Pour elle, se mettre aux fourneaux, ce serait s’assujettir au cliché de la femme domestique. Et ça, c’est bien entendu hors de question. A mon sens, c’est assez burlesque, comme point de vue. Je m’obstine à m’occuper de tout ce qui est électrique même si c’est un travail réservé à la gente masculine. Je pourrais bien évidemment refuser de m’en occuper, mais qui le ferait alors ? Et puis, il est tout de même ahurissant de s’interdire de cuisiner dans le seul but d’éviter la caricature. Mais allez donc expliquer cela à ma femme. Dès lors qu’elle s’est fixée une direction, il est quasi impossible de lui faire admettre son erreur. Du coup, à la maison, l’éventail gastronomique reste relativement réduit : c’est soit la cuisine sommaire de monsieur, soit les barquettes micro-ondables de madame. Cela dit, cela a aussi ses avantages : mes enfants sont ravis d’aller à la cantine et sont beaucoup moins difficiles que beaucoup d’autres élèves ! Soit dit en passant, si la cuisine vous plaît, je vous conseille vraiment d’essayer les cours de cuisine. L’ambiance y est décontractée et on y apprend beaucoup de trucs. Tenez, je vous mets en lien le site par lequel je suis passé pour faire ce cours de cuisine à Lille.

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Quand la police manifeste

Appels à rassemblement, rencontre avec le président François Hollande: en plein état d’urgence en France, les syndicats de policiers tentent de reprendre la main sur un mouvement de colère inédit qui contraint le gouvernement socialiste à agir en urgence. Pour la cinquième soirée consécutive à Paris, après la Tour Eiffel et les Champs-Elysées notamment, quelques centaines de policiers se sont rassemblés vendredi cette fois sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame. Après avoir rallié l’Hôtel de ville, la manifestation a pris fin vers 1h du matin. Des rassemblements ont eu lieu également en province, comme à Lille ou Marseille. Les policiers réclament plus de moyens en dénonçant leurs voitures «en ruine», le manque d’effectifs, les gilets pare-balles hors d’âge… Ils soulignent aussi la forte pression depuis les attentats jihadistes de janvier 2015, l’organisation de l’Euro de football en juin et les conflits sociaux du printemps émaillés de violences. Et près de deux ans après avoir été ovationnés par les Français après l’attentat contre le journal Charlie Hebdo et un supermarché casher à Paris, ils réclament un soutien dont ils s’estiment privés. «Vous demandez des moyens, nous vous les donnons. Vous demandez du soutien, il vous est acquis», a assuré le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve dans une lettre envoyée vendredi aux policiers. Le patron de la police, Jean-Marc Falcone, a indiqué vendredi qu’il ferait des propositions «la semaine prochaine» au ministre sur les moyens matériels. C’est une violente attaque au cocktail Molotov d’un véhicule de police en banlieue parisienne le 8 octobre qui a déclenché la fronde. Deux policiers ont été très grièvement brûlés, et l’un d’eux, âgé de 28 ans, est toujours plongé dans un coma artificiel. Sans consigne syndicale, les agents, en civil et munis d’un brassard rouge «police», sont descendus dans la rue et obtenu certains gages. Désavoués par leur base, les syndicats, qui réclamaient d’être reçus en urgence par le président socialiste François Hollande, ont obtenu gain de cause. Le chef de l’Etat a annoncé qu’il les recevrait «en début de semaine». Ils ont également appelé à des «rassemblements silencieux» devant les tribunaux tous les mardis pour demander la «révision du cadre juridique d’emploi des armes» afin d’assouplir les règles de la légitime défense et la «mise en place de peines plancher pour les agresseurs de membres des forces de l’ordre et services de secours». Ces peines ont été créées sous la droite (2007-2012) et abrogées sous François Hollande. Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas, qui a déjà reçu les syndicats, a promis «la plus grande fermeté» pour les agresseurs mais refusé de rétablir les peines planchers. Des appels à ne pas baisser la garde ni laisser les syndicats récupérer un mouvement né indépendamment circulaient vendredi entre policiers. Le gouvernement a tenté ces derniers jours de jouer la conciliation. Jeudi, le premier ministre Manuel Valls a exhorté les policiers à «continuer le dialogue». En même temps, les responsables socialistes ont aussi condamné l’«utilisation politique» du mouvement par l’opposition de droite et d’extrême droite en pleine campagne électorale, à six mois de la présidentielle. L’ex-premier ministre et favori à la primaire de la droite, Alain Juppé, a préconisé vendredi des mesures «d’urgence pour redonner confiance à nos policiers et les soutenir». Le ministre de l’Intérieur a annoncé mercredi le lancement en novembre d’un plan «de sécurité publique» et des concertations dès lundi dans toute la France avec les policiers et leurs représentants syndicaux. Leurs conclusions seront remises «en décembre pour mise en oeuvre immédiate dès 2017». Mais la colère n’est pas retombée. Vendredi soir, dans le cortège parisien, les fonctionnaires ont scandé : «Arrêtez la politique du chiffre, on veut des effectifs», «Policiers en colère, citoyens solidaires». Un vaste plan de moyens matériels supplémentaires (fusils d’assaut, voitures, gilets pare-balles) avait été décidé après les attentats de 2015, mais les équipements ont surtout bénéficié aux unités spécialisées au détriment des effectifs de sécurité publique.

Conduite sur neige!

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Catalogne: indépendance extérieure

Les partis politiques catalans, comme presque toutes les formations politiques qui renaîtront ou apparaîtront au cours de la transition démocratique espagnole, développent donc, pour l’essentiel, des positions très pro-européennes. C’est, entre autres, pour cette raison que le parti présidé par Jordi Pujol accordera son appui aux gouvernements socialistes de Felipe Gonzalez sur les positions fondamentales de la construction européenne. Par ce soutien, le leader nationaliste catalan, arrachera d’importantes concessions. Le gouvernement espagnol organisera ainsi la Conférence Euro-Méditerranée dans la capitale de la Catalogne en plus de reconnaître, et de mêler, ce qui est un précédent sérieux, les régions à l’élaboration de la position espagnole devant l’Union européenne. Le soutien de Pujol au gouvernement espagnol aurait, sans ces deux réalisations, été de plus courte durée. Jordi Pujol annoncera en effet, dès l’été 1995, la rupture et la nécessité d’organiser des élections anticipées. 11 prolongera son appui au gouvernement espagnol d’un semestre pour ménager la présidence espagnole de l’Europe et pour gagner en influence durant la conférence. Jordi Pujol donnera aussi son soutien au gouvernement de José Maria Aznar pour les mêmes raisons. Selon Lluis Bassets, Pujol appuiera le Parti Popular pour éviter que l’instabilité politique causée par un gouvernement minoritaire ne nuise aux chances de l’Espagne de faire partie du premier groupe de la zone Euro. Jordi Pujol a ainsi accordé son soutien à un chef de parti plutôt tiède aux nationalistes catalans pour que les politiques de convergence économique et monétaire ainsi qu’une politique de réduction du déficit et de l’inflation puissent être mises en oeuvre. On peut affirmer, sans risque de se tromper, que sans l’appui des nationalistes catalans, l’Espagne n’aurait jamais été du premier groupe de la zone Euro. L’appui de Pujol au gouvernement de José Maria Aznar coûtera cher à ce dernier. En effet, le Parti Popular qui a fait une campagne électorale très anticatalane sera obligé de faire de nombreuses concessions aux revendications de la du. Certaines visent la participation des communautés autonomes à l’élaboration de positions espagnoles devant l’Union européenne. A lire dans Séminaire Espagne.

Union nationale ?

Des personnalités politiques en France ne répugneraient pas à l’idée de faire un brin de chemin avec le camp d’en face. Plusieurs pays en Europe sont parvenus à réunir la droite et la gauche dans une ambiance parlementaire supposément pacifiée. Mais pour quel résultat?Un chef d’État ou de gouvernement devrait peut-être adopter les basiques principes d’un bon sélectionneur de football: prendre les meilleurs dans le vivier des équipes locales pour constituer la “dream team” nationale. Présentée sous les aspects du bon sens et de la logique, cette idée commence à faire florès en France: des personnalités politiques ne répugneraient pas à l’idée de faire un brin de chemin avec le camp d’en face. A droite, le député UDI et maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin, ou le parlementaire UMP Benoist Apparu. A gauche, l’avocat encarté au PS Jean-Pierre Mignard ou Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères, favorable à une “coalition momentanée pour réussir quelques réformes clés”. Dans leur plaidoirie, ces avocats de la coalition droite-gauche avancent d’abord l’échec du régime d’alternance à l’oeuvre depuis une quarantaine d’années et puis le caractère factice des querelles partisanes de campagne, qui masquent dans l’exercice du pouvoir une ressemblance saisissante des politiques économiques menées par les deux camps. Mais les “unionistes” font référence aux expériences étrangères. Et, effectivement, en Europe, plusieurs pays parviennent à réunir la droite et la gauche dans une ambiance parlementaire supposément pacifiée. Mais pour quel résultat politique et économique? Sur le plan électoral, la coalition nationale droite-gauche ne semble pas faire recette depuis la crise économique de 2007. Par exemple, en 2011, la Finlande additionne les forces des conservateurs et des sociaux-démocrates, mais les élections de 2015 sanctionnent l’attelage. A la même période, mais cette fois en Italie, Mario Monti, avec son gouvernement de techniciens, recevra le soutien de deux principaux partis de gouvernement mais essuiera une cuisante défaite deux ans plus tard avec seulement 10,5% des suffrages. Plus récemment, en mars 2016, les électeurs irlandais ont sanctionné l’alliance formée par le parti de centre droit Fine Gael et le Labour irlandais. Sur le papier, le régime de la coalition tient presque de la martingale: les deux forces proeuropéennes et modérées vont s’unir pour neutraliser leur périphérie. Alliée à la gauche, la droite libérale au pouvoir ne se soucie plus des frasques de la droite populiste. Alliés à la droite, les sociaux-démocrates ne cherchent plus à s’attirer les bonnes grâces de sa gauche eurosceptique et dépensière. Mais, dans la réalité, il en va autrement: la coalition confie aux “extrêmes” le monopole du changement et, en temps de crise, ils en recueillent les fruits. Le leader populiste Beppe Grillo émerge sous l’ère Mario Monti; le parti très à gauche Syriza monte en graine sous le gouvernement de coalition droite-gauche d’Antonis Samaras; quant aux “Vrais Finlandais” - classés très à droite -, ils deviennent véritablement incontournables après trois ans d’alliance des modérés. Et cette montée des extrêmes tend à se confirmer indépendamment des résultats économiques. Si Mario Monti a échoué à juguler le chômage en Italie, Antonis Samaras à désendetter la Grèce, en Irlande, l’alliance du Fine Gael et du Labour, également sanctionnée, pouvait pourtant s’enorgueillir d’une croissance retrouvée et d’un budget remis au carré. Et si, comme son nom l’indique, la “dream team” n’était qu’un rêve?

Sexe et politique

Pour les femmes qui viennent de témoigner publiquement de leur expérience individuelle et collective du harcèlement sexuel, on a parlé «courage» par-delà la «honte», on a d’abord fait de la psychologie morale ; au sens noble du terme «vertu». Manière de se cantonner à une vision sociale du «problème des femmes». Heureusement, l’espace médiatique était prêt à entendre. Maintenant que des femmes, au plus haut de l’Etat (des ministres) valident leur démarche, l’affaire est enfin clairement politique, politique au sens de mise en espace public, de res publica. On le savait, mais c’est bien de le dire. L’affaire DSK est ainsi définitivement débarrassée de sa version privée et pathologique. Il s’agit bien de notre vie en commun. Du politique donc. Puis la presse est allée voir du côté de la domination masculine, exception française, histoire du machisme en politique. Le plus intéressant, dans ce cas, est plutôt de montrer que c’est un monde, la vie des politiques, emblématique des autres mondes, dans lesquels nous vivons tous et toutes, emploi et cantine, bistro et famille. Mais voyons plutôt les choses du côté de celles qui font un geste d’émancipation. D’abord il faut être plusieurs, un geste isolé étant condamné d’avance, ensuite il faut que le présumé agresseur se montre publiquement, ce qui fut fait avec la photo du 8 mars où des parlementaires hommes dénoncent les violences sexuelles. Colère des agressées et, surtout, indication que la domination masculine d’invisible devient visible, trop visible. C’est seulement «celui qui le dit qui y est», dit l’expression enfantine (déjà l’affaire Cahuzac). Rendre visible la domination masculine est d’une telle difficulté (contrairement à d’autres dominations sociales plus reconnues) qu’il est sûrement aisé de se croire à l’abri. C’est ce qui arriva à l’agresseur supposé. D’où la possibilité du geste d’émancipation, l’élément public permettant le discours politique. Alors, le harcèlement : sexuel et sexiste, distingue la langue juridique française, en transposant la directive européenne de 2001, qui révisait la directive de 1976 sur l’égalité de traitement (d’où la loi Roudy de 1983), directive fondée sur l’article 119 du Traité de Rome de 1957. Lors de mon mandat d’élue au Parlement européen (1999-2004), j’appris, à cette occasion, une chose philosophiquement très importante. La violence sexuelle m’était jusque-là apparue comme un manquement à la liberté, liberté du corps et de la sexualité. «Mon corps m’appartient», dit le slogan, et toute atteinte à ce corps est une privation de liberté. Or, m’explique la députée nordique en charge de la révision, il s’agit aussi d’un empêchement à l’égalité. En ce sens, la chose s’intègre dans la question de l’égalité de traitement et cela se nomme «discrimination». La philosophe de passage dans le politique est éblouie : se croisent donc la liberté et l’égalité dans les affaires de harcèlement et de violence à l’encontre des femmes. C’est cela que disent celles qui parlent aujourd’hui : l’affaire est politique car elle montre, révèle, l’immense difficulté des femmes à être des égales libres dans un monde d’hommes, dans le monde des hommes ; où nous sommes. Alors, on peut revenir au monde politique et s’interroger sur le sexe en politique ; pas la présence des femmes en politique, pas le débat sur l’exclusion/inclusion des femmes depuis deux siècles ; non, sur le sexe comme jouissance. Et voir ainsi que le débat sur la parité n’a pas fini de révéler sa puissance : puisqu’il s’agit du partage du pouvoir. Ainsi j’appris qu’une rumeur avait couru, contre toute vraisemblance, que j’avais «couchée» pour être numéro deux de la liste européenne Bouge l’Europe en 1999. C’est plus fort que tout : il ne faut pas partager la jouissance du pouvoir, il ne faut pas mettre les deux sexes sur le même plan de la jouissance; il faut réduire une femme à son sexe, réduire le cerveau d’une femme à son sexe. Et puisque le pouvoir est jouissance, ce dont personne ne doute (excepté les rares qui pensent que c’est un fardeau!), comment fait-on ? Là, cela devient intéressant. Car on peut être convaincu de l’égalité des sexes (par exemple un député écologiste) et ne pas pouvoir la mettre en pratique tant la jouissance est un bien individuel. La rivale alors doit être replacée au bon endroit de la jouissance, comme sexe uniquement. Et le tour est joué. Sexe tu es, sexe tu resteras. Et on ne partage rien, pas même le plaisir sexuel puisque le harcèlement, il faut le dire, cela ne se conclut toujours en réalisation effective Cette nécessité de «garder» le pouvoir est comme une sensation forte dans le monde politique. Et cela s’exporte facilement dans les autres lieux de pouvoir masculin (professionnels et domestiques), dits parité économique, parité domestique (n’oublions pas que le partage du pouvoir n’est qu’une partie seulement de la question «égalité»). La parité politique fut donc contagieuse sans pour autant se disséminer dans d’autres sphères d’exclusion (celle des «racisé.e.s»). On peut s’en étonner et chercher à comprendre. Ce serait urgent. La mise en espace politique de la violence sexuelle et sexiste («violence de genre» est une expression dont il faut méditer ce qu’elle apporterait dans l’imaginaire politique) est une véritable mise en place permettant une mise en scène : plusieurs témoins/plaignantes, une provocation publique avec une image militante, un soutien de celles qui ont ou ont eu un pouvoir de gouvernement… Et, dernier élément supplémentaire: en portant plainte pour diffamation, l’agresseur se fait témoin de ce qu’on appelle depuis une directive de 1997, l’inversion de la charge de la preuve : où ce ne serait plus au plaignant de démontrer l’injustice mais au dominant de s’expliquer/se justifier. En portant plainte, il lui incombe, en quelque sorte, la charge de la preuve. Se dire diffamé oblige à une argumentation et, ainsi, comme par une ruse de l’histoire, cette affaire Baupin nous met directement sur le plateau de la politique féministe, dans son ambition la plus démocratique.

Le désespoir est à Calais

Triste constat pour la ville de Calais, l’attention de la société est désormais tournée ailleurs. Après une médiatisation intense de la crise migratoire pendant quelques mois, les Français semblent avoir l’impression que même si la crise n’a pas encore été réglée, les autorités ont bien des raisons de se féliciter. On pense notamment au « zéro passage » par le tunnel sous la Manche assuré par les ministères de l’intérieur français et britannique. Bernard Cazeneuve déclare que la coopération entre les deux pays se passe bien et David Scully, directeur de la police aux frontières française, assure que le passage est devenu quasi impossible. Ceux qui étaient préoccupés par l’urgence humanitaire quant à eux sont rassurés par Manuel Valls qui annonce la création d’un camp de 1500 places. Federica Mogherini appelle à l’humanisme des européens et l’Allemagne semble l’écouter en acceptant un nombre sans précédent de réfugiés syriens. Un développement très dynamique et pourtant à Calais les habitants ont l’impression que tout cela se passe ailleurs. On est très loin pour l’instant de sentir l’effet des changements. « Les Calaisiens en colère » est une des rares associations « anti-migration » acceptées par les fonctionnaires. Puisque le sujet de la migration est extrêmement délicat, ils se déclarent avant tout antiracistes et apolitiques pour ne pas être associé aux groupes proches de l’extrême-droite ou ouvertement nationalistes comme « Calais action ». Ses membres insistent sur la dégradation considérable de la situation après les attentats: « Depuis trois-quatre jours c’est tous les jours. Il y a des riverains qui ont été agressés le 10 [novembre]. Ils ont enlevé toutes les clôtures, ils ont tout cassé donc les gens vivent dans l’insécurité totale » raconte Sandrine, la créatrice de la page du groupe. Son collègue Laurent, administrateur du collectif, ajoute « Il y a des routiers qui ont eu leurs parebrises explosés avec des troncs d’arbres de la rocade. Des véhicules automobiles aussi qui prennent des pierres dans les parebrises. C’est vrai que là on a passé un cap. On est entré dans une zone de guérilla ». Ce que l’on reproche souvent aux associations anti-migrants c’est la propagation de fausses infos notamment sur les délits qui auraient été commis par les migrants. Cela devrait donc être facile de démentir ces rumeurs en présentant de vraies statistiques. Pourtant, selon Philippe Mignonet, l’adjoint au maire de Calais pour la sécurité, cette solution logique en apparence n’est pas si facile à mettre en œuvre: « Il n’y a pas de statistiques fiables. Je dirais même qu’il n’y a pas de statistiques du tout. Pourquoi? Parce que dans la mesure où les personnes se trouvant à Calais ne sont pas identifiées, ne sont pas contrôlées, ne sont pas dénombrées, on ne sait donc pas combien ils sont et on ne sait pas combien réussissent à passer en Grande-Bretagne. Et on ne sait pas combien de nouveaux arrivent chaque jour, car tous les jours il y a des nouveaux qui arrivent ». Avec plusieurs dizaines de migrants qui viennent chaque jour sans être contrôlé ou au moins dénombré la Jungle devient un univers à part. Grâce à ses épiceries, magasins, cafés et théâtres, La Jungle semblerait une ville comme les autres, mais il ne faut pas oublier que ses habitants n’ont pas les mêmes privilèges que les Français. Ils n’ont surtout pas le droit de travailler et leurs conditions de vie sont peu compatibles avec la dignité humaine. Une partie importante habite dans des tentes, d’autres ont construit des cabanes en bois qui n’ont toujours ni chauffage ni eau chaude. Je demande à un migrant afghan comment se passe la vie dans la Jungle. Et les violences à l’intérieur de la jungle sont encore plus banalisées que ce que peuvent témoigner les riverains. Pourquoi ça dégénère? Christian de l’association « L’auberge des migrants » pointe du doigt une camionnette de police qui est garée à quelques mètres du camp: « Regardez le problème il est là. S’ils [la police] commencent à voir qu’il y a un groupe qui se forme qui a envie de s’infiltrer derrière les grillages. Comme ils ne sont pas nombreux et qu’ils ont un groupe en face d’eux, la seule solution est de lancer des grenades lacrymogènes. Donc on se retrouve sous les grenades et du coup il y a des migrants qui ne sont pas contents et qui lancent des cailloux ». Une autre découverte surprenante: plus de la moitié des volontaires de la Jungle sont des britanniques. Et contrairement à ce que dit Bernard Cazeneuve, ils sont plus que sceptiques sur le succès de la coopération entre nos deux gouvernements, comme le dit Tom, volontaire de Help Calais: « C’est largement de la faute du gouvernement britannique qui était sans pitié. Et ils devraient collaborer plus qu’ils ne font. Alors nous avons senti qu’on pouvait le faire nous-mêmes. Je crois qu’un bon nombre d’Anglais ont eu honte, en particulier dans le Sud du pays car Calais est si près. On sentait la proximité avec cette région parce qu’on passe souvent par là-bas. Nous avions juste le sentiment qu’il fallait faire quelque chose, faire preuve de solidarité avec les organisations françaises qui galéraient. Quand le camp a commencé à grandir, il est devenu évident qu’il était impossible de tenir sans aide. Et puis je crois que c’est les médias qui ont commencé à montrer des images… et les gens étaient choqués alors ils sont venu très nombreux ». Philippe Mignonet, quant à lui, considère que c’est la position britannique qui est pour beaucoup dans l’empêchement de résolution de la crise calaisienne. « Le gouvernement britannique est très hypocrite, à mon sens il l’est. Je suis très critique des britannique, étant à moitié britannique je peux me le permettre. Dire « Nous ne voulons pas d’immigration, nous mettons notre frontière en France », les accords du Touquet qui étaient valable au moment où ils ont été signés, mais qui ne sont plus valables aujourd’hui. (…) Les britanniques disent « nous ne voulons pas d’immigration et parallèlement lorsque les clandestins arrivent sur leur territoire ne sont pas identifiés parce qu’il n’existe pas de pièce d’identité en Grande Bretagne. Un résident britannique qui ne quitte jamais son pays n’a pas besoin d’une pièce d’identité. La seule pièce d’identité est le passeport. Ensuite on travaille sur le marché du travail dissimulé comme on veut, sans jamais aucun contrôle. Malgré ce qu’ils peuvent dire — sans jamais aucun contrôle. Et donc il est très hypocrite de dire: « nous mettons les moyens pour lutter » mais parallèlement nous les accueillons. Un de nos confrères britanniques me disait: « On ne peut quand-même pas critiquer le gouvernement britannique pour avoir créé 2 millions d’emplois ». C’est bien… mais quel type d’emploi? Donc c’est totalement hypocrite! »

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