Fichu féminisme

On peut aimer une chose, ça ne veut pas forcément dire qu’on est bon dans le domaine. Tenez, la cuisine, par exemple. J’aime cuisiner. Vraiment. Ça ne veut pas dire pour autant que je sache cuisiner. Au contraire, je suis même assez médiocre dans le domaine. Alors, récemment, j’ai décidé de m’améliorer, en effectuant un cours de cuisine à Lille. Et je dois dire que j’y ai effectivement appris quelques astuces parfois surprenantes. Je regrette une seule chose, au final : c’est d’avoir été seul à ce cours. J’ai bien essayé d’entraîner ma chère et tendre dans l’aventure, mais je m’y suis cassé les dents. Il faut dire que la cuisine et ma femme, ça fait deux. Elle a toujours opposé un refus clair et net au fait de cuisiner. Sa réaction m’a toujours paru assez démesurée, d’ailleurs. Pour elle, se mettre aux fourneaux, ce serait s’assujettir au cliché de la femme domestique. Et ça, c’est bien entendu hors de question. A mon sens, c’est assez burlesque, comme point de vue. Je m’obstine à m’occuper de tout ce qui est électrique même si c’est un travail réservé à la gente masculine. Je pourrais bien évidemment refuser de m’en occuper, mais qui le ferait alors ? Et puis, il est tout de même ahurissant de s’interdire de cuisiner dans le seul but d’éviter la caricature. Mais allez donc expliquer cela à ma femme. Dès lors qu’elle s’est fixée une direction, il est quasi impossible de lui faire admettre son erreur. Du coup, à la maison, l’éventail gastronomique reste relativement réduit : c’est soit la cuisine sommaire de monsieur, soit les barquettes micro-ondables de madame. Cela dit, cela a aussi ses avantages : mes enfants sont ravis d’aller à la cantine et sont beaucoup moins difficiles que beaucoup d’autres élèves ! Soit dit en passant, si la cuisine vous plaît, je vous conseille vraiment d’essayer les cours de cuisine. L’ambiance y est décontractée et on y apprend beaucoup de trucs. Tenez, je vous mets en lien le site par lequel je suis passé pour faire ce cours de cuisine à Lille.

cuisine8.jpg

Quand la police manifeste

Appels à rassemblement, rencontre avec le président François Hollande: en plein état d’urgence en France, les syndicats de policiers tentent de reprendre la main sur un mouvement de colère inédit qui contraint le gouvernement socialiste à agir en urgence. Pour la cinquième soirée consécutive à Paris, après la Tour Eiffel et les Champs-Elysées notamment, quelques centaines de policiers se sont rassemblés vendredi cette fois sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame. Après avoir rallié l’Hôtel de ville, la manifestation a pris fin vers 1h du matin. Des rassemblements ont eu lieu également en province, comme à Lille ou Marseille. Les policiers réclament plus de moyens en dénonçant leurs voitures «en ruine», le manque d’effectifs, les gilets pare-balles hors d’âge… Ils soulignent aussi la forte pression depuis les attentats jihadistes de janvier 2015, l’organisation de l’Euro de football en juin et les conflits sociaux du printemps émaillés de violences. Et près de deux ans après avoir été ovationnés par les Français après l’attentat contre le journal Charlie Hebdo et un supermarché casher à Paris, ils réclament un soutien dont ils s’estiment privés. «Vous demandez des moyens, nous vous les donnons. Vous demandez du soutien, il vous est acquis», a assuré le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve dans une lettre envoyée vendredi aux policiers. Le patron de la police, Jean-Marc Falcone, a indiqué vendredi qu’il ferait des propositions «la semaine prochaine» au ministre sur les moyens matériels. C’est une violente attaque au cocktail Molotov d’un véhicule de police en banlieue parisienne le 8 octobre qui a déclenché la fronde. Deux policiers ont été très grièvement brûlés, et l’un d’eux, âgé de 28 ans, est toujours plongé dans un coma artificiel. Sans consigne syndicale, les agents, en civil et munis d’un brassard rouge «police», sont descendus dans la rue et obtenu certains gages. Désavoués par leur base, les syndicats, qui réclamaient d’être reçus en urgence par le président socialiste François Hollande, ont obtenu gain de cause. Le chef de l’Etat a annoncé qu’il les recevrait «en début de semaine». Ils ont également appelé à des «rassemblements silencieux» devant les tribunaux tous les mardis pour demander la «révision du cadre juridique d’emploi des armes» afin d’assouplir les règles de la légitime défense et la «mise en place de peines plancher pour les agresseurs de membres des forces de l’ordre et services de secours». Ces peines ont été créées sous la droite (2007-2012) et abrogées sous François Hollande. Le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas, qui a déjà reçu les syndicats, a promis «la plus grande fermeté» pour les agresseurs mais refusé de rétablir les peines planchers. Des appels à ne pas baisser la garde ni laisser les syndicats récupérer un mouvement né indépendamment circulaient vendredi entre policiers. Le gouvernement a tenté ces derniers jours de jouer la conciliation. Jeudi, le premier ministre Manuel Valls a exhorté les policiers à «continuer le dialogue». En même temps, les responsables socialistes ont aussi condamné l’«utilisation politique» du mouvement par l’opposition de droite et d’extrême droite en pleine campagne électorale, à six mois de la présidentielle. L’ex-premier ministre et favori à la primaire de la droite, Alain Juppé, a préconisé vendredi des mesures «d’urgence pour redonner confiance à nos policiers et les soutenir». Le ministre de l’Intérieur a annoncé mercredi le lancement en novembre d’un plan «de sécurité publique» et des concertations dès lundi dans toute la France avec les policiers et leurs représentants syndicaux. Leurs conclusions seront remises «en décembre pour mise en oeuvre immédiate dès 2017». Mais la colère n’est pas retombée. Vendredi soir, dans le cortège parisien, les fonctionnaires ont scandé : «Arrêtez la politique du chiffre, on veut des effectifs», «Policiers en colère, citoyens solidaires». Un vaste plan de moyens matériels supplémentaires (fusils d’assaut, voitures, gilets pare-balles) avait été décidé après les attentats de 2015, mais les équipements ont surtout bénéficié aux unités spécialisées au détriment des effectifs de sécurité publique.

Conduite sur neige!

conduiteglace7.jpg

Catalogne: indépendance extérieure

Les partis politiques catalans, comme presque toutes les formations politiques qui renaîtront ou apparaîtront au cours de la transition démocratique espagnole, développent donc, pour l’essentiel, des positions très pro-européennes. C’est, entre autres, pour cette raison que le parti présidé par Jordi Pujol accordera son appui aux gouvernements socialistes de Felipe Gonzalez sur les positions fondamentales de la construction européenne. Par ce soutien, le leader nationaliste catalan, arrachera d’importantes concessions. Le gouvernement espagnol organisera ainsi la Conférence Euro-Méditerranée dans la capitale de la Catalogne en plus de reconnaître, et de mêler, ce qui est un précédent sérieux, les régions à l’élaboration de la position espagnole devant l’Union européenne. Le soutien de Pujol au gouvernement espagnol aurait, sans ces deux réalisations, été de plus courte durée. Jordi Pujol annoncera en effet, dès l’été 1995, la rupture et la nécessité d’organiser des élections anticipées. 11 prolongera son appui au gouvernement espagnol d’un semestre pour ménager la présidence espagnole de l’Europe et pour gagner en influence durant la conférence. Jordi Pujol donnera aussi son soutien au gouvernement de José Maria Aznar pour les mêmes raisons. Selon Lluis Bassets, Pujol appuiera le Parti Popular pour éviter que l’instabilité politique causée par un gouvernement minoritaire ne nuise aux chances de l’Espagne de faire partie du premier groupe de la zone Euro. Jordi Pujol a ainsi accordé son soutien à un chef de parti plutôt tiède aux nationalistes catalans pour que les politiques de convergence économique et monétaire ainsi qu’une politique de réduction du déficit et de l’inflation puissent être mises en oeuvre. On peut affirmer, sans risque de se tromper, que sans l’appui des nationalistes catalans, l’Espagne n’aurait jamais été du premier groupe de la zone Euro. L’appui de Pujol au gouvernement de José Maria Aznar coûtera cher à ce dernier. En effet, le Parti Popular qui a fait une campagne électorale très anticatalane sera obligé de faire de nombreuses concessions aux revendications de la du. Certaines visent la participation des communautés autonomes à l’élaboration de positions espagnoles devant l’Union européenne. A lire dans Séminaire Espagne.

Union nationale ?

Des personnalités politiques en France ne répugneraient pas à l’idée de faire un brin de chemin avec le camp d’en face. Plusieurs pays en Europe sont parvenus à réunir la droite et la gauche dans une ambiance parlementaire supposément pacifiée. Mais pour quel résultat?Un chef d’État ou de gouvernement devrait peut-être adopter les basiques principes d’un bon sélectionneur de football: prendre les meilleurs dans le vivier des équipes locales pour constituer la “dream team” nationale. Présentée sous les aspects du bon sens et de la logique, cette idée commence à faire florès en France: des personnalités politiques ne répugneraient pas à l’idée de faire un brin de chemin avec le camp d’en face. A droite, le député UDI et maire de Neuilly-sur-Seine, Jean-Christophe Fromantin, ou le parlementaire UMP Benoist Apparu. A gauche, l’avocat encarté au PS Jean-Pierre Mignard ou Hubert Védrine, l’ancien ministre des Affaires étrangères, favorable à une “coalition momentanée pour réussir quelques réformes clés”. Dans leur plaidoirie, ces avocats de la coalition droite-gauche avancent d’abord l’échec du régime d’alternance à l’oeuvre depuis une quarantaine d’années et puis le caractère factice des querelles partisanes de campagne, qui masquent dans l’exercice du pouvoir une ressemblance saisissante des politiques économiques menées par les deux camps. Mais les “unionistes” font référence aux expériences étrangères. Et, effectivement, en Europe, plusieurs pays parviennent à réunir la droite et la gauche dans une ambiance parlementaire supposément pacifiée. Mais pour quel résultat politique et économique? Sur le plan électoral, la coalition nationale droite-gauche ne semble pas faire recette depuis la crise économique de 2007. Par exemple, en 2011, la Finlande additionne les forces des conservateurs et des sociaux-démocrates, mais les élections de 2015 sanctionnent l’attelage. A la même période, mais cette fois en Italie, Mario Monti, avec son gouvernement de techniciens, recevra le soutien de deux principaux partis de gouvernement mais essuiera une cuisante défaite deux ans plus tard avec seulement 10,5% des suffrages. Plus récemment, en mars 2016, les électeurs irlandais ont sanctionné l’alliance formée par le parti de centre droit Fine Gael et le Labour irlandais. Sur le papier, le régime de la coalition tient presque de la martingale: les deux forces proeuropéennes et modérées vont s’unir pour neutraliser leur périphérie. Alliée à la gauche, la droite libérale au pouvoir ne se soucie plus des frasques de la droite populiste. Alliés à la droite, les sociaux-démocrates ne cherchent plus à s’attirer les bonnes grâces de sa gauche eurosceptique et dépensière. Mais, dans la réalité, il en va autrement: la coalition confie aux “extrêmes” le monopole du changement et, en temps de crise, ils en recueillent les fruits. Le leader populiste Beppe Grillo émerge sous l’ère Mario Monti; le parti très à gauche Syriza monte en graine sous le gouvernement de coalition droite-gauche d’Antonis Samaras; quant aux “Vrais Finlandais” - classés très à droite -, ils deviennent véritablement incontournables après trois ans d’alliance des modérés. Et cette montée des extrêmes tend à se confirmer indépendamment des résultats économiques. Si Mario Monti a échoué à juguler le chômage en Italie, Antonis Samaras à désendetter la Grèce, en Irlande, l’alliance du Fine Gael et du Labour, également sanctionnée, pouvait pourtant s’enorgueillir d’une croissance retrouvée et d’un budget remis au carré. Et si, comme son nom l’indique, la “dream team” n’était qu’un rêve?

Sexe et politique

Pour les femmes qui viennent de témoigner publiquement de leur expérience individuelle et collective du harcèlement sexuel, on a parlé «courage» par-delà la «honte», on a d’abord fait de la psychologie morale ; au sens noble du terme «vertu». Manière de se cantonner à une vision sociale du «problème des femmes». Heureusement, l’espace médiatique était prêt à entendre. Maintenant que des femmes, au plus haut de l’Etat (des ministres) valident leur démarche, l’affaire est enfin clairement politique, politique au sens de mise en espace public, de res publica. On le savait, mais c’est bien de le dire. L’affaire DSK est ainsi définitivement débarrassée de sa version privée et pathologique. Il s’agit bien de notre vie en commun. Du politique donc. Puis la presse est allée voir du côté de la domination masculine, exception française, histoire du machisme en politique. Le plus intéressant, dans ce cas, est plutôt de montrer que c’est un monde, la vie des politiques, emblématique des autres mondes, dans lesquels nous vivons tous et toutes, emploi et cantine, bistro et famille. Mais voyons plutôt les choses du côté de celles qui font un geste d’émancipation. D’abord il faut être plusieurs, un geste isolé étant condamné d’avance, ensuite il faut que le présumé agresseur se montre publiquement, ce qui fut fait avec la photo du 8 mars où des parlementaires hommes dénoncent les violences sexuelles. Colère des agressées et, surtout, indication que la domination masculine d’invisible devient visible, trop visible. C’est seulement «celui qui le dit qui y est», dit l’expression enfantine (déjà l’affaire Cahuzac). Rendre visible la domination masculine est d’une telle difficulté (contrairement à d’autres dominations sociales plus reconnues) qu’il est sûrement aisé de se croire à l’abri. C’est ce qui arriva à l’agresseur supposé. D’où la possibilité du geste d’émancipation, l’élément public permettant le discours politique. Alors, le harcèlement : sexuel et sexiste, distingue la langue juridique française, en transposant la directive européenne de 2001, qui révisait la directive de 1976 sur l’égalité de traitement (d’où la loi Roudy de 1983), directive fondée sur l’article 119 du Traité de Rome de 1957. Lors de mon mandat d’élue au Parlement européen (1999-2004), j’appris, à cette occasion, une chose philosophiquement très importante. La violence sexuelle m’était jusque-là apparue comme un manquement à la liberté, liberté du corps et de la sexualité. «Mon corps m’appartient», dit le slogan, et toute atteinte à ce corps est une privation de liberté. Or, m’explique la députée nordique en charge de la révision, il s’agit aussi d’un empêchement à l’égalité. En ce sens, la chose s’intègre dans la question de l’égalité de traitement et cela se nomme «discrimination». La philosophe de passage dans le politique est éblouie : se croisent donc la liberté et l’égalité dans les affaires de harcèlement et de violence à l’encontre des femmes. C’est cela que disent celles qui parlent aujourd’hui : l’affaire est politique car elle montre, révèle, l’immense difficulté des femmes à être des égales libres dans un monde d’hommes, dans le monde des hommes ; où nous sommes. Alors, on peut revenir au monde politique et s’interroger sur le sexe en politique ; pas la présence des femmes en politique, pas le débat sur l’exclusion/inclusion des femmes depuis deux siècles ; non, sur le sexe comme jouissance. Et voir ainsi que le débat sur la parité n’a pas fini de révéler sa puissance : puisqu’il s’agit du partage du pouvoir. Ainsi j’appris qu’une rumeur avait couru, contre toute vraisemblance, que j’avais «couchée» pour être numéro deux de la liste européenne Bouge l’Europe en 1999. C’est plus fort que tout : il ne faut pas partager la jouissance du pouvoir, il ne faut pas mettre les deux sexes sur le même plan de la jouissance; il faut réduire une femme à son sexe, réduire le cerveau d’une femme à son sexe. Et puisque le pouvoir est jouissance, ce dont personne ne doute (excepté les rares qui pensent que c’est un fardeau!), comment fait-on ? Là, cela devient intéressant. Car on peut être convaincu de l’égalité des sexes (par exemple un député écologiste) et ne pas pouvoir la mettre en pratique tant la jouissance est un bien individuel. La rivale alors doit être replacée au bon endroit de la jouissance, comme sexe uniquement. Et le tour est joué. Sexe tu es, sexe tu resteras. Et on ne partage rien, pas même le plaisir sexuel puisque le harcèlement, il faut le dire, cela ne se conclut toujours en réalisation effective Cette nécessité de «garder» le pouvoir est comme une sensation forte dans le monde politique. Et cela s’exporte facilement dans les autres lieux de pouvoir masculin (professionnels et domestiques), dits parité économique, parité domestique (n’oublions pas que le partage du pouvoir n’est qu’une partie seulement de la question «égalité»). La parité politique fut donc contagieuse sans pour autant se disséminer dans d’autres sphères d’exclusion (celle des «racisé.e.s»). On peut s’en étonner et chercher à comprendre. Ce serait urgent. La mise en espace politique de la violence sexuelle et sexiste («violence de genre» est une expression dont il faut méditer ce qu’elle apporterait dans l’imaginaire politique) est une véritable mise en place permettant une mise en scène : plusieurs témoins/plaignantes, une provocation publique avec une image militante, un soutien de celles qui ont ou ont eu un pouvoir de gouvernement… Et, dernier élément supplémentaire: en portant plainte pour diffamation, l’agresseur se fait témoin de ce qu’on appelle depuis une directive de 1997, l’inversion de la charge de la preuve : où ce ne serait plus au plaignant de démontrer l’injustice mais au dominant de s’expliquer/se justifier. En portant plainte, il lui incombe, en quelque sorte, la charge de la preuve. Se dire diffamé oblige à une argumentation et, ainsi, comme par une ruse de l’histoire, cette affaire Baupin nous met directement sur le plateau de la politique féministe, dans son ambition la plus démocratique.

Le désespoir est à Calais

Triste constat pour la ville de Calais, l’attention de la société est désormais tournée ailleurs. Après une médiatisation intense de la crise migratoire pendant quelques mois, les Français semblent avoir l’impression que même si la crise n’a pas encore été réglée, les autorités ont bien des raisons de se féliciter. On pense notamment au « zéro passage » par le tunnel sous la Manche assuré par les ministères de l’intérieur français et britannique. Bernard Cazeneuve déclare que la coopération entre les deux pays se passe bien et David Scully, directeur de la police aux frontières française, assure que le passage est devenu quasi impossible. Ceux qui étaient préoccupés par l’urgence humanitaire quant à eux sont rassurés par Manuel Valls qui annonce la création d’un camp de 1500 places. Federica Mogherini appelle à l’humanisme des européens et l’Allemagne semble l’écouter en acceptant un nombre sans précédent de réfugiés syriens. Un développement très dynamique et pourtant à Calais les habitants ont l’impression que tout cela se passe ailleurs. On est très loin pour l’instant de sentir l’effet des changements. « Les Calaisiens en colère » est une des rares associations « anti-migration » acceptées par les fonctionnaires. Puisque le sujet de la migration est extrêmement délicat, ils se déclarent avant tout antiracistes et apolitiques pour ne pas être associé aux groupes proches de l’extrême-droite ou ouvertement nationalistes comme « Calais action ». Ses membres insistent sur la dégradation considérable de la situation après les attentats: « Depuis trois-quatre jours c’est tous les jours. Il y a des riverains qui ont été agressés le 10 [novembre]. Ils ont enlevé toutes les clôtures, ils ont tout cassé donc les gens vivent dans l’insécurité totale » raconte Sandrine, la créatrice de la page du groupe. Son collègue Laurent, administrateur du collectif, ajoute « Il y a des routiers qui ont eu leurs parebrises explosés avec des troncs d’arbres de la rocade. Des véhicules automobiles aussi qui prennent des pierres dans les parebrises. C’est vrai que là on a passé un cap. On est entré dans une zone de guérilla ». Ce que l’on reproche souvent aux associations anti-migrants c’est la propagation de fausses infos notamment sur les délits qui auraient été commis par les migrants. Cela devrait donc être facile de démentir ces rumeurs en présentant de vraies statistiques. Pourtant, selon Philippe Mignonet, l’adjoint au maire de Calais pour la sécurité, cette solution logique en apparence n’est pas si facile à mettre en œuvre: « Il n’y a pas de statistiques fiables. Je dirais même qu’il n’y a pas de statistiques du tout. Pourquoi? Parce que dans la mesure où les personnes se trouvant à Calais ne sont pas identifiées, ne sont pas contrôlées, ne sont pas dénombrées, on ne sait donc pas combien ils sont et on ne sait pas combien réussissent à passer en Grande-Bretagne. Et on ne sait pas combien de nouveaux arrivent chaque jour, car tous les jours il y a des nouveaux qui arrivent ». Avec plusieurs dizaines de migrants qui viennent chaque jour sans être contrôlé ou au moins dénombré la Jungle devient un univers à part. Grâce à ses épiceries, magasins, cafés et théâtres, La Jungle semblerait une ville comme les autres, mais il ne faut pas oublier que ses habitants n’ont pas les mêmes privilèges que les Français. Ils n’ont surtout pas le droit de travailler et leurs conditions de vie sont peu compatibles avec la dignité humaine. Une partie importante habite dans des tentes, d’autres ont construit des cabanes en bois qui n’ont toujours ni chauffage ni eau chaude. Je demande à un migrant afghan comment se passe la vie dans la Jungle. Et les violences à l’intérieur de la jungle sont encore plus banalisées que ce que peuvent témoigner les riverains. Pourquoi ça dégénère? Christian de l’association « L’auberge des migrants » pointe du doigt une camionnette de police qui est garée à quelques mètres du camp: « Regardez le problème il est là. S’ils [la police] commencent à voir qu’il y a un groupe qui se forme qui a envie de s’infiltrer derrière les grillages. Comme ils ne sont pas nombreux et qu’ils ont un groupe en face d’eux, la seule solution est de lancer des grenades lacrymogènes. Donc on se retrouve sous les grenades et du coup il y a des migrants qui ne sont pas contents et qui lancent des cailloux ». Une autre découverte surprenante: plus de la moitié des volontaires de la Jungle sont des britanniques. Et contrairement à ce que dit Bernard Cazeneuve, ils sont plus que sceptiques sur le succès de la coopération entre nos deux gouvernements, comme le dit Tom, volontaire de Help Calais: « C’est largement de la faute du gouvernement britannique qui était sans pitié. Et ils devraient collaborer plus qu’ils ne font. Alors nous avons senti qu’on pouvait le faire nous-mêmes. Je crois qu’un bon nombre d’Anglais ont eu honte, en particulier dans le Sud du pays car Calais est si près. On sentait la proximité avec cette région parce qu’on passe souvent par là-bas. Nous avions juste le sentiment qu’il fallait faire quelque chose, faire preuve de solidarité avec les organisations françaises qui galéraient. Quand le camp a commencé à grandir, il est devenu évident qu’il était impossible de tenir sans aide. Et puis je crois que c’est les médias qui ont commencé à montrer des images… et les gens étaient choqués alors ils sont venu très nombreux ». Philippe Mignonet, quant à lui, considère que c’est la position britannique qui est pour beaucoup dans l’empêchement de résolution de la crise calaisienne. « Le gouvernement britannique est très hypocrite, à mon sens il l’est. Je suis très critique des britannique, étant à moitié britannique je peux me le permettre. Dire « Nous ne voulons pas d’immigration, nous mettons notre frontière en France », les accords du Touquet qui étaient valable au moment où ils ont été signés, mais qui ne sont plus valables aujourd’hui. (…) Les britanniques disent « nous ne voulons pas d’immigration et parallèlement lorsque les clandestins arrivent sur leur territoire ne sont pas identifiés parce qu’il n’existe pas de pièce d’identité en Grande Bretagne. Un résident britannique qui ne quitte jamais son pays n’a pas besoin d’une pièce d’identité. La seule pièce d’identité est le passeport. Ensuite on travaille sur le marché du travail dissimulé comme on veut, sans jamais aucun contrôle. Malgré ce qu’ils peuvent dire — sans jamais aucun contrôle. Et donc il est très hypocrite de dire: « nous mettons les moyens pour lutter » mais parallèlement nous les accueillons. Un de nos confrères britanniques me disait: « On ne peut quand-même pas critiquer le gouvernement britannique pour avoir créé 2 millions d’emplois ». C’est bien… mais quel type d’emploi? Donc c’est totalement hypocrite! »

La philo et la socio

Il est temps de comprendre la relation générale entre la philosophie sociologique et l’ensemble de la philosophie inorganique, je dois enfin signaler, à ce sujet, une nouvelle considération directe, d’autant plus importante ici qu’elle s’applique surtout, par sa nature, aux connaissances physico-chimiques, qui, dans les indications précédentes, ont pu paraître négligées comparativement aux doctrines astronomiques. Il s’agit de l’action réelle de l’homme sur le monde extérieur, dont le développement graduel constitue, sans doute, l’un des principaux aspects de l’évolution sociale, et sans l’essor de laquelle on peut même dire que l’ensemble de cette évolution n’eût pas été possible, puisqu’elle eût été arrêtée, à sa naissance, par la prépondérance des obstacles matériels propres à la condition humaine. En un mot, la progression, soit politique, soit morale, soit intellectuelle, de l’humanité, est nécessairement inséparable de sa progression matérielle, en vertu de l’intime solidarité mutuelle qui caractérise le cours naturel des phénomènes sociaux, d’après la leçon précédente. Or, il est évident que l’action de l’homme sur la nature dépend principalement de ses connaissances acquises quant aux lois réelles des phénomènes inorganiques, quoique la philosophie biologique n’y puisse être, sans doute, aucunement étrangère. Il faut, en outre, reconnaître, à cet égard, que la physique proprement dite, et même encore plus la chimie, constituent surtout la base propre du pouvoir humain, l’astronomie, malgré sa participation capitale, ne pouvant y concourir que par une indispensable prévoyance, au lieu d’une modification directe du milieu ambiant. Voilà donc un nouveau motif général, d’une irrécusable évidence, et qu’il suffit de signaler ici, pour faire hautement ressortir l’impossibilité radicale d’une étude rationnelle du développement social, sans la combinaison immédiate et permanente des spéculations sociologiques avec l’ensemble des doctrines de la philosophie inorganique.

Conférence de Strasbourg sur le chômage

Le chômage est décidément un sujet très délicat à traiter, quelle que soit la personne avec qui l’on discute. La semaine dernière encore, j’ai assisté à un meeting à Strasbourg où j’ai eu l’occasion de discuter avec plusieurs collaborateurs étrangers. Nous avons notamment, entre autres sujets, discuté du chômage. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le débat s’est rapidement enlisé. En cause ? De nombreux malentendus. Avec le recul, je pense en effet que le sens que nous donnions au mot « chômage » n’était pas le même. Selon moi, il importe de faire la différence entre le chômage volontaire et le chômage involontaire. Quand les individus sont volontairement au chômage, ils révèlent qu’ils préfèrent rester chômeurs plutôt que d’accepter les offres d’emploi qui leur sont proposées au salaire courant. C’est qu’ils y trouvent un avantage qui leur convient. En premier lieu, ils ont droit au versement d’allocations du régime d’assurance chômage financées par des cotisations à la charge des employeurs et des salariés. Ensuite, ils peuvent percevoir des indemnités supplémentaires diverses, dont une allocation de solidarité spécifique qui est à la charge des collectivités publiques. Mais là où la situation devient toxique (à mon sens), c’est que cette allocation n’est versée que si le chômeur justifie de ressources inférieures à un plafond déterminé. Le fait d’être au chômage comporte-t-il d’autres avantages ? Oui, bien évidemment. Pour commencer, il y a la valeur du loisir, qui n’est pas à négliger. En refusant un emploi, certains expliquent que le loisir supplémentaire qu’ils obtiennent dépasse en fait le revenu disponible supplémentaire qu’ils auraient en prenant un emploi. Ensuite, certains s’attendent à avoir un meilleur emploi après une période transitoire de chômage. Il faut donc comparer ces avantages futurs au coût actuel de la réduction du revenu disponible. En revanche, quand les individus sont involontairement au chômage, le tableau change radicalement. Le chômage involontaire signifie que ces personnes aimeraient travailler au salaire courant, mais ne trouvent pas d’emploi parce qu’il existe une offre excédentaire de travail au salaire existant. Le chômage dégrade en conséquence le sort de ces personnes. La distinction entre chômage volontaire et involontaire importe parce qu’elle peut influencer nos idées sur le degré d’attention que mérite le problème du chômage. Lorsque le chômage est involontaire, plus de gens souffrent et les arguments en faveur d’une aide deviennent plus forts. Le malentendu qu’il y a eu lors de ce meeting à Strasbourg est un peu à l’image du quiproquo qu’on retrouve souvent dans les discussions politiques, dès que ce problème est soulevé. SI vous souhaitez plus d’infos, je vous renvois sur le site de l’organisateur de ce séminaire à Strasbourg – suivez le lien.

Indemnité aux migrants ?

Ce mardi, la Cour européenne des Droits de l’Homme a condamné l’Italie à verser près de 10.000 euros à des migrants. Ce mardi, l’Italie a été condamnée par la Cour européenne des Droits de l’Homme. L’AFP précise que l’institution a jugé que des migrants tunisiens avaient été placés en rétention dans des conditions « portant atteinte à leur dignité » sur l’île de Lampedusa, avant d’être refoulés vers la Tunisie en 2011. La CEDH avait été saisie par trois ressortissants tunisiens après avoir fui leur pays à cause du printemps arabe. Les traitements qui avaient été donnés aux migrants ont été qualifiés d’inhumains et de dégradants : douches et sanitaires sans portes, distribution limitée d’eau courante, surpopulation… Par ailleurs, l’institution a estimé que leur détention était « irrégulière. Dénuée de base légale, les raisons leur en sont restées inconnues et ils n’ont pas pu la contester », avant de juger « que les requérants ont fait l’objet d’une expulsion collective, leurs décrets de refoulement ne faisant pas référence à leur situation personnelle », comme le rapporte Le Figaro. L’arrêt est cependant « susceptible d’appel sous trois mois devant la Grande Chambre de la CEDH » précise l’agence de presse. L’Italie devra verser 10.000 euros aux requérants ainsi que 9 344,51 euros pour frais et dépens indique Le Monde.

Page suivante »



Créer un Blog | Nouveaux blogs | Top Tags | 13 articles | blog Gratuit | Abus?